Un enfant qui n'arrive pas à rester assis sans bouger, qui sursaute au moindre bruit, qui perd le fil dès qu'il doit combiner deux consignes motrices : ces comportements sont souvent lus comme un simple problème de discipline ou d'attention. La littérature sur les réflexes archaïques offre une autre grille de lecture, à manier avec précision.

Trois réflexes associés à des difficultés d'attention

Le réflexe tonique symétrique du cou (STNR), quand il reste actif, complique la dissociation entre le haut et le bas du corps. Concrètement : rester assis longtemps sans support devient coûteux en énergie, ce qui se traduit par une position affaissée ou, à l'inverse, une agitation constante pour compenser l'inconfort postural.

Le réflexe tonique labyrinthique (TLR) est associé, quand il persiste, à un équilibre instable dès que la tête bouge, ce qui peut détourner une partie des ressources attentionnelles vers la simple stabilisation posturale plutôt que vers la tâche scolaire.

Le réflexe de Moro, une réponse d'alarme archaïque à la perte d'équilibre ou à un stimulus brusque, est associé à une hypersensibilité sonore et à une réactivité émotionnelle exagérée face au stress (Niklasson & Niklasson, 2022). Un enfant chez qui ce réflexe reste actif peut réagir de façon disproportionnée à un bruit de couloir ou une remarque anodine, ce qui interrompt sa concentration.

Ce qu'il ne faut pas en conclure

Il faut être direct sur ce point : les réflexes archaïques ne sont pas une explication du trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), et aucune étude sérieuse ne permet de les présenter comme tel. Ce que la littérature établit est plus modeste et plus précis : certaines présentations symptomatiques (hyperréactivité, agitation, difficultés attentionnelles) sont partagées entre les enfants avec réflexes actifs et les enfants avec un profil TDAH, sans que l'un explique l'autre (Taylor et al., 2020 ; McWhirter et al., 2024).

Un enfant agité en classe n'a pas forcément de réflexes archaïques actifs, et un enfant avec des réflexes actifs n'a pas forcément de trouble de l'attention. Ce sont deux profils qui peuvent se recouper partiellement, pas une cause et sa conséquence.

Ce champ de recherche a par ailleurs connu un épisode qui illustre bien pourquoi la prudence est nécessaire : un article largement cité sur ce lien a été rétracté en 2025 par sa revue pour conclusions jugées non fiables. MGPE ne s'appuie que sur des sources non rétractées et reproductibles.

Le lien mieux établi : posture assise et coordination attentionnelle

Le lien le plus solide ne porte pas sur l'attention en tant que trouble, mais sur la coordination posturale nécessaire pour la soutenir dans la durée. Un STNR actif rend la position assise prolongée inconfortable, ce qui pousse l'enfant à bouger, se tortiller ou changer sans cesse de position, non par manque de volonté mais par nécessité posturale. C'est une piste concrète et actionnable, à la différence d'un diagnostic.

Ce que montrent les données chez les sportifs

Un terrain d'observation intéressant est celui des jeunes sportifs de haut niveau, où la capacité à rester concentré sous contrainte est mesurable objectivement par la performance. Dans l'étude de Bastière et al. (2024b), menée en aveugle sur 58 jeunes footballeurs, ceux présentant des réflexes archaïques actifs réalisaient significativement moins d'actions défensives réussies (-20,7%, p=0,01) et commettaient davantage de fautes (+0,4 par 100 minutes, p=0,02) que leurs coéquipiers aux réflexes inactifs. Ces mesures, prises sur le terrain plutôt qu'en laboratoire, suggèrent que l'impact des réflexes actifs sur la coordination attentionnelle et la prise de décision rapide ne se limite pas à la salle de classe.

Ce que MGPE en fait

Plutôt que d'interpréter l'agitation d'un enfant comme un problème à corriger, l'approche MGPE consiste à observer le profil moteur sous-jacent et à proposer des exercices ciblés (dissociation haut-bas, stabilisation posturale, réactivité au stimulus) qui accompagnent une meilleure intégration. Si un trouble de l'attention est suspecté au-delà de ces observations motrices, un avis médical ou paramédical reste la démarche de référence.